L'histoire du Cercle d'Échecs de Strasbourg
Un regard vers l'avenir nourri par notre histoire
L'article suivant a été écrit, il y a plus de dix ans. À l'époque, il s'agissait de faire le point, d'analyser le passé afin de mieux se projeter dans l'avenir. Ainsi, en quelque sorte, le titre « Un vieux club... plein d'avenir » était prémonitoire. Comme une invitation à développer le club, à le faire évoluer dans tous les domaines possibles !
Et, en fait, depuis 2003, sous plusieurs présidences, l'activité du club n'a pas cessé ! Les difficultés ont été surmontées, les défis ont été relevés, les projets ont été réalisés et les records battus !
Depuis de nombreuses années, le club est le premier de France en nombre de licenciés A. Il se maintient dans l'élite des 12 premiers clubs en compétition (4e en Top 12, en 2015), il a été deux fois de plus finaliste de la Coupe de France, avec une 15e victoire en 2007, il a participé à la Coupe d'Europe et a aussi joué plusieurs fois en Top 12 féminin.
Le club est aussi devenu un partenaire incontournable de la Ville de Strasbourg en matière d'animation et d'éducation (voir nos onglets dédiés à ces sujets).
Le Cercle est aussi revenu à sa vieille tradition d'organisateur d'Opens internationaux. Après avoir été précurseur en la matière (environ de 1970 jusqu'en 1990), le club a remis Strasbourg en bonne place dans le calendrier international. La 7e édition des « nouveaux » opens se déroulera du 13 au 17 juillet 2016, Salle de l'Aubette, dans le cœur historique de la Ville de Strasbourg.
Et beaucoup de projets se profilent dans le futur... Mais avant tout, en bons joueurs d'échecs, il nous est normal et intéressant de relire et d'analyser régulièrement les variantes déjà jouées :
Quelques dates anciennes
Les Archives Municipales de Strasbourg attestent de la fondation d'une Société d'Échecs Strasbourgeoise, dès 1887.
Pendant cette période de l'Alsace annexée, le Strasbourgeois Alphonse Goetz, réfugié à Lyon, remporte le 1er Championnat de France, en 1914.
Après le retour de l'Alsace dans la République Française, Strasbourg accueille d'abord le 1er Congrès des Clubs d'Alsace-Lorraine, en 1922, puis le 3e Championnat de France, en 1924.
Durant les années noires de la Seconde Guerre mondiale, les archives allemandes nous renseignent sur l'Échiquier Strasbourgeois et le Cercle Ouvrier de Strasbourg, qui fusionnent en un seul club. (À cette époque, le Champion du Monde, Alexandre Alekhine réside très souvent à Strasbourg).
En 1952, l'association dite « Cercle d'Échecs de Strasbourg » est enregistrée au Tribunal de Strasbourg.
Les motivations et les actions
Comme tous les Alsaciens dont les vies ont été bouleversées par les grandes crises de l'Histoire, les joueurs d'échecs ont vu changer, plusieurs fois, leurs nationalités, leurs langues, parfois leurs noms, leurs lois, leurs institutions, et leurs structures associatives. Cependant, ces joueurs d'échecs ont tenté de conserver une double constante dans leurs comportements : d'une part, ils ont recherché, sans relâche, une certaine « reconnaissance » française. D'autre part, ils ont souhaité créer ou rétablir des liens forts avec leurs voisins allemands. Sur ce dernier point, nous verrons comment, sans en être conscients, les Alsaciens ont joué un rôle important de précurseurs, dans leur modeste domaine, dans les projets européens.
Au plan national, la meilleure façon de modifier les regards, souvent suspicieux, des Français envers les Alsaciens consista en une réalisation de véritables exploits sportifs. C'est pourquoi, le mot d'ordre fut de participer, d'être présent systématiquement... et de gagner ! Par exemple : le Cercle d'Échecs de Strasbourg a été 22 fois (!) finaliste de la Coupe de France par équipes, avec 14 victoires. Mais les résultats à titre individuels sont aussi nombreux et glorieux. Au plan international, le Cercle d'Échecs de Strasbourg va chercher des partenaires de jeu, mais aussi des partenaires pour l'organisation de projets et d'événements variés :
Relations internationales
Rencontres amicales
À partir des années-soixante, les Strasbourgeois vont établir des liens avec de nombreux clubs allemands, à la fois pour s'entraîner aux contacts de forts joueurs (le niveau de base en Allemagne est beaucoup plus élevé qu'en France) ainsi que pour préparer de futures organisations communes. Ainsi Strasbourg rencontre Karlsruhe, Baden-Baden, Freiburg, Freudenstadt, Achern, Augsburg, Ludwigshafen, Trier, etc. La Ligue d'Alsace des Échecs emboîte le pas en organisant un match traditionnel Alsace-Bade (sur 32 échiquiers). L'année 2003 en a vu la trente-sixième édition !
Mais Strasbourg développe aussi son rayon d'action en participant aux matchs annuels des « Quatre Villes » avec Basel, Zürich et Freiburg puis avec Luzern, Baden-Baden et Innsbruck. Le club organise aussi un tournoi de quatre pays (France, Allemagne, Luxembourg, Belgique). Enfin, le Cercle de Strasbourg est invité à de grands congrès internationaux, comme à Munich en 1978, pour y affronter les meilleurs clubs allemands (Porz, Solingen, Berlin, Munich, Hambourg, Frankfurt, etc.) ainsi que Budapest, Vienne, Maribor, Athènes (!) et Zürich.
Organisation de tournois & l'Open géant
Dans les années soixante-dix, le mode de compétition par équipes est habituel en Europe (surtout en Allemagne avec une forte Bundesliga). En revanche, les tournois individuels ne regroupent que peu de joueurs et sont réservés aux grands champions. Deux hommes, Jean Paul du Cercle d'Échecs du Finkwiller et Michel Roos du Cercle d'Échecs de Strasbourg ont alors l'idée de créer progressivement un grand rassemblement européen, pour les amateurs, sous la forme d'un Open géant ! Ces projets de grande ampleur seront aussi soutenus par l'Association des Amis d'Europe-Échecs. Il est important de mentionner ici cette grande revue d'échecs internationale qui a aussi vu le jour grâce à des européens convaincus ! En effet, seulement quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, quelques Français stationnés en Allemagne créent un club franco-allemand, puis une revue, « l'Échiquier de Turenne ».
En 1959, « Europe-Échecs » prendra la suite de cette première revue, et son fondateur R. Bertolo deviendra bientôt aussi le Président de la Fédération Française des Échecs. (Il organisera notamment les Olympiades mondiales à Nice en 1974). Les Opens de Strasbourg sont ainsi solidement encadrés par des organisateurs très compétents. Progressivement, le tournoi acquiert une réputation internationale et plus de trois cents joueurs, de plus de vingt nationalités, y participent régulièrement. Autres événements à Strasbourg : Les opens géants (qui battent les records européens de participation) ne seront pas les seules réalisations strasbourgeoises. Strasbourg accueillera deux Championnats de France, organisera des Opens universitaires, des Tournois internationaux juniors de haut niveau, des stages d'entraînements de l'Équipe de France jeune et senior, des simultanées avec les meilleurs joueurs du monde (Botvinnik, Larsen, Pachmann, etc.).
Retour vers la France... puis vers l'Europe
L'esprit d'innovation des Strasbourgeois ne restera pas limité à l'Alsace. Alors que l'Allemagne possède une forte Bundesliga (Championnat par équipe), la France n'a qu'une Coupe nationale par équipe. Sous l'impulsion de Michel Roos, une première compétition est organisée entre les meilleures équipes de l'Est de la France. Le club vainqueur de ce tournoi devant rencontrer alors la meilleure équipe parisienne. Ainsi, peu à peu, les bases du Championnat de France par équipes étaient posées (Aujourd'hui, ce championnat regroupe des centaines d'équipes en quatre divisions). Strasbourg remportera les six premières éditions (1980-1985) et se qualifiera ainsi, plusieurs fois, pour la Coupe d'Europe ! Helsinki, Novosibirsk, Vilnius, Zaporoje (Ukraine), Prague, etc., deviennent les nouveaux adversaires de Strasbourg !
Premier changement de cap
Le Cercle d'Échecs de Strasbourg va être victime, progressivement, de son succès. En effet, en agissant avec la ferveur des amateurs bénévoles, les Strasbourgeois vont développer, sans s'en apercevoir, les bases d'un Championnat professionnel ! Peu à peu, les clubs rivaux ne trouveront qu'une solution pour gagner le championnat : engager des joueurs professionnels, des grands maîtres, russes, yougoslaves, anglais, etc. Sans moyens et ne souhaitant pas suivre ce type de politique, le Cercle de Strasbourg perdra sa suprématie complète, mais il conservera, jusqu'à ce jour, une bonne place parmi l'élite française. Un peu de la même façon, les tournois géants vont inspirer d'autres organisateurs, faisant perdre le caractère d'exception de l'Open de Strasbourg. La nouvelle politique du club sera alors plus axée vers la formation locale (soutien à la création ou au développement d'autres clubs, comme Saverne et Bischwiller) et vers l'entrée du Jeu d'Échecs dans le cadre éducatif.
Le Lycée Kléber de Strasbourg va accueillir la première École Nationale du Jeu d'Échecs, transformée aujourd'hui en Classe Sport-Études de Niveau II (16 élèves sélectionnés). L'Université Louis Pasteur aura le premier enseignement européen de jeu d'échecs avec une Option au DEUG de Sciences : Enseignement culturel, scientifique et technique sur le Jeu d'Échecs ! (Enseignement malheureusement menacé aujourd'hui par des restrictions budgétaires). Strasbourg sera aussi le lieu de plusieurs échanges et de stages franco-allemands. Enfin, les meilleurs joueurs du club laisseront un peu de côté leurs activités de jeu proprement dites pour se consacrer à la formation des jeunes de la région ou pour effectuer des opérations de communication (par exemple : les simultanées publiques organisées avec la Ville de Strasbourg, Place Broglie).
Deuxième changement de cap : L'École d'Échecs du Cercle
Sans abandonner pour autant les activités de compétition de haut niveau et sans délaisser non plus le soutien aux autres formations locales, le Cercle d'Échecs de Strasbourg a entrepris de créer son propre système de formation interne. En accueillant aujourd'hui plus de soixante-dix enfants par semaine dans ses locaux, et en diffusant le Jeu d'Échecs dans plusieurs écoles de la Ville (en particulier à l'École Internationale Robert Schuman), le Cercle de Strasbourg entreprend une politique active de formation. Les résultats de ce travail sont aujourd'hui sensibles, aussi bien sur le plan qualitatif (excellents résultats en compétition) que sur le plan quantitatif (nombre croissant de membres inscrits et participant à des activités diverses). L'École d'Échecs du Cercle d'Échecs de Strasbourg se trouve d'ailleurs devant un problème inattendu : les locaux du club sont désormais insuffisants pour le nombre élevé d'élèves !
Dates et événements importants dans l'Histoire du Cercle et du Jeu d'Échecs en Alsace
| Année | Événement |
|---|---|
| 1887 | Fondation d'un Club d'Échecs à Strasbourg |
| 1914 | Alphonse Goetz est Champion de France |
| 1924 | Championnat de France à Strasbourg |
| 1952 | Le Cercle d'Échecs de Strasbourg est déclaré en association |
| 1959 | Naissance de la revue « Europe-Échecs » Michel Roos est 1er ex æquo au Championnat de France et aussi Champion de France par correspondance |
| 1964 | Michel Roos est Champion de France |
| 1968 | Jean-Claude Letzelter est Champion de France et membre de l'équipe de France olympique (Championnat du monde par équipe) |
| 1971 | L'Entente des Cercles de Strasbourg organise le premier Open géant International de Strasbourg. Jean-Claude Letzelter est Champion de France et de nouveau membre de l'équipe olympique. |
| 1973 | L'Open de Strasbourg bat le record d'Europe de participation (>300 joueurs) Le Cercle joue sa 10e finale en Coupe de France : quatrième victoire. |
| 1974 | Jean-Claude Letzelter est Champion de France pour la troisième fois. Louis et Daniel Roos participent aux Championnats du Monde « Cadet » |
| 1975 | Création d'un Enseignement de Jeu d'Échecs à l'Université. |
| 1976 | Louis Roos est 1er ex æquo au Championnat de France. Letzelter joue les Olympiades. Daniel Roos est Champion de France Cadet. |
| 1977 | Louis Roos est Champion de France. |
| 1978 | Letzelter et Louis Roos composent un tiers de l'Équipe de France, aux Olympiades de Buenos-Aires. |
| 1980 | Strasbourg remporte le premier Championnat de France par équipes (et les cinq suivants). Louis et Daniel Roos composent un tiers de l'équipe de France aux Olympiades de Malte. Strasbourg organise un tour préliminaire de la Coupe d'Europe, puis se fait éliminer à Helsinki. |
| 1981 | Le Cercle d'Échecs de Strasbourg s'installe Rue des Glacières (locaux actuels). |
| 1982 | Daniel Roos gagne une des six Médailles d'Or décernées aux Olympiades de Lucerne (première médaille d'or française depuis Alekhine) Louis et Daniel Roos deviennent « Maîtres Internationaux » Championnats de France à Schiltigheim. |
| 1983 | Création de l'École Nationale du Jeu d'Échecs à Strasbourg (Lycée Kléber). Coupe d'Europe : Strasbourg reçoit les Champions d'Allemagne (Porz). |
| 1985 | Strasbourg a un pouvoir d'attraction sur les champions étrangers : Mehrshad Sharif, six fois champion d'Iran s'y installe pour quatre ans. Céline Roos remporte une médaille d'Or féminine (pour le Canada) aux Olympiades de Thessalonique. Elle devient aussi Maître International féminin. Daniel Roos devient l'entraîneur de l'équipe de France Jeunes. Strasbourg organise son premier Tournoi de Grands Maîtres. |
| 1986 | Strasbourg remporte sa douzième Coupe de France (en 18 finales). |
| 1988 | Le jeune Jean-René Koch, formé en Classe Sport-Études, participe à plusieurs Championnats du Monde et Championnats d'Europe Juniors. Il deviendra Maître International, mais il choisira de jouer dans une équipe professionnelle. |
| 1989 | Les frères Roos renforcent l'équipe-amateur de Zähringen en Bundesliga. |
| 1990 | Strasbourg entretient aussi des relations régulières avec Budapest. Les maîtres internationaux Kallaï et Szabolcsi participent à l'équipe du club alsacien. |
| 1993 | Gabor Kallaï devient Grand-Maître International. Strasbourg remporte sa quatorzième Coupe de France contre le très fort club professionnel de Clichy, puis organise une phase préliminaire de la Coupe d'Europe. Championnats de France à Strasbourg. |
| 1994 | Jean-Luc Roos devient Maître International. |
| 1995 | L'équipe amateur de Strasbourg perd en Finale de la Coupe de France contre le Champion d'Europe : Lyon. Strasbourg joue trois matchs de Coupe d'Europe à Vilnius. |
| 1996 | Strasbourg joue trois matchs de Coupe d'Europe à Berlin. Daniel Roos reprend l'enseignement à l'École d'Échecs du Cercle. |
| 2000 | Dans un Championnat de France par équipes, presque exclusivement professionnel, les amateurs de Strasbourg prennent la sixième place. Coupe de France, au Sénat : 22e finale de Strasbourg (perdue) face à Clichy. |
| 2001 | Organisation à Strasbourg de stages franco-allemands sous l'égide de l'OFAJ. Gabor Kallaï devient le directeur technique de la Fédération Hongroise. |
| 2002 | Décès de Michel Roos à soixante-dix ans. Bruno Marzolf réalise une première norme de Maître International. Strasbourg descend de la première division nationale... |
| 2003 | ... mais remonte, en gagnant la deuxième division avec dix victoires et un nul ! Le Cercle de Strasbourg inscrit régulièrement des dizaines d'enfants dans des manifestations régionales (jusqu'à 70 !). L'équipe des jeunes du club manque d'un cheveu sa qualification en Championnat de France Jeunes par équipes (première division). Une fillette du club (Margaux Wehr) est qualifiée pour les Championnats du Monde des moins de 10 ans ! (La nouvelle génération en vue !). Un junior du club (Maxime Aguettaz) obtient une première norme de Maître International (une des trois performances nécessaires pour l'obtention du titre). Record d'affiliation au Cercle : 265 membres dont 160 jeunes ! Organisation à Strasbourg des stages d'échecs franco-allemands (OFAJ). |